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La chasse est-elle essentielle ?

Confinement ou pas : chasse toujours…

Le préfet de la Drôme s’est empressé d’autoriser les chasseurs à continuer la pratique de leur loisir de tuer des animaux sauvages : cervidés, renards et sangliers, tous les jours de la semaine y compris dans les réserves de chasse. Et cela, par groupes de trente chasseurs.
Le prétexte : limiter les dégâts du grand gibier pour « réguler la nature sauvage » dit même une responsable politique.

Les chasseurs se plaignent qu’ils sont les seuls à « payer les dégâts » s’ils ne peuvent pratiquer QU’UNE SEULE activité de chasse (chevreuils cerfs sangliers et renards). Ils veulent chasser également le « petit gibier » pour profiter pleinement de leur loisir meurtrier.

Chevreuil – Gilbert David

La chasse est-elle une activité essentielle ?

Pour répondre à cette question, il faut replacer les choses dans leur contexte.

Dans les années 1960 à 70, les sangliers étaient rares, les chevreuils et cerfs avaient disparus, on tuait les renards avec des poisons sans modération et j’en passe… Le nombre des chasseurs diminuait fortement. Pour motiver les « troupes », les chasseurs drômois ont relâché massivement des sangliers croisés avec des cochons ce que nous, naturalistes, appelons « cochongliers » ;  mieux ou plus, ils les ont nourris à outrance déversant des camions entiers de surplus de l’agriculture (maïs, pommes de terres, fruits de toutes sortes en forêt (au point que certains endroits sentaient la pourriture à des centaines de mètres à la ronde, j’ai même vu un sanglier mort étouffé à cause d’un noyau de pêche coincé dans la gorge)…
La reproduction a « très bien » marché, parfois avec des portées tout le long de l’année (on pouvait voir des porcelets-marcassins sur des tas de fumier en plein hiver pour chercher nourriture et chaleur), si bien marché que les battues rapportaient gros aux chasses privées et aux chasseurs qui remplissaient les congélateurs.
Vint le temps où il a fallu réglementer (quand même) cette pratique pour le moins honteuse. 90 à 95% des dégâts aux cultures sont commis par les « cochongliers ». Le nourrissage de cochongliers fut interdit, les lâchers en nature aussi. Par contre dans les enclos ils peuvent continuer à faire ce qu’ils veulent. Les chasseurs ont trouvé la parade : l’avènement de l’AGRAINAGE, ainsi ils peuvent continuer à nourrir en étalant du maïs le long des pistes forestières soit disant pour maintenir le gibier hors des cultures.

Dans le même temps, pour « diversifier » leur chasse, ils ont relâché des chevreuils en partenariat avec l’ONF (dans les lots de chasse ONF, à chaque chevreuil introduit, l’ONF en relâchait un). Là aussi cela à très fonctionné, le chevreuil s’est propagé. BRAVO !

Alors, qui est responsable des dégâts actuels causés à l’agriculture ? Peut-on croire que les chasseurs vont « réguler » LEUR gibier ? En un mot : peut-on faire confiance au POMPIER-PYROMANE ?

De plus, la chasse aux renards est un non-sens écologique. En effet, les principales proies de goupil sont les micromammifères (campagnols et autres rongeurs …). Chaque renard peut en manger jusqu’à 10 000 par an, d’où une affiche du journal de « la hulotte » qui montre le dessin d’un renard tué par un chasseur et un tas de souris qui disent : “Merci les gars ! Signé : Les 10 000 souris qui ne seront pas mangées par ce vilain prédateur” .

Voilà la réalité et la vérité sur la chasse en Drôme, et sans doute ailleurs…

Sachant cela depuis le temps que les chasseurs disent qu’il faut tuer des sangliers sinon il va y avoir des dégâts (plus de quarante ans, quand même !), si cela était efficace ils auraient résolu le problème, ne croyez-vous pas ? Comme le problème persiste, cela veut dire que le remède n’est pas efficace. Je ne parle même pas du renard, qui devrait passer dans la catégorie des espèces protégées, auxiliaires de l’agriculture.

Ne faut-il pas faire autre chose, autrement ?

Voici quelques exemples :

  • Arrêter complètement les « cultures à gibiers », l’agrainage inefficace et contreproductif.
  • Mieux protéger les parcelles à risques : les sangliers sont très sensibles à l’électricité. Puis seulement ensuite tirer, si nécessaire, les sangliers autour des parcelles à problème pour créer une zone d’insécurité localement et ainsi les repousser loin des cultures où, les sangliers trouvant moins de nourriture, la régulation progressive se fera toute seule car moins de nourriture = moins de reproduction, donc moins de sangliers. Les tirs seront faits en nocturne par les louvetiers et/ou les agents de l’ONCFS et la viande donnée à des œuvres caritatives (Resto du cœur par exemple).

Autoriser la chasse en plein confinement est en plus un non-sens évident car sa pratique peut occasionner des accidents  pouvant être graves (souvent entre chasseurs), occasionnant  un surplus de travail aux hôpitaux, déjà surchargés.

Tout cela sans compter le sentiment prégnant d’injustice flagrant envers les autres utilisateurs d’activités de nature (promeneurs, cueilleurs de champignons, joggeurs, naturalistes, cavaliers, VTTistes…)

Gilbert DAVID
Vice-président LPO délégation Drôme-Ardèche