Accueil   |   Actualité : Col de la Bataille 2018

Col de la Bataille 2018

Pour la huitième année consécutive, des bénévoles du groupe Chiroptères de la LPO Drôme se sont donné-e-s rendez-vous au Col de la Bataille pour y étudier l’activité des chauves-souris avec – comme en 2017 – une volonté toujours plus grande de partager leurs observations avec le grand public.

 

Le Col de la Bataille vu d’Omblèze (Col de Comberoufle) – Photo : Thomas Deana

Première soirée de suivi, vendredi 31 août 2018

Etaient présents : Marion Devogel, Lionel Bruhat et Ilaria Pozzi, Céline Le Barz, Emilie Müller, Eric Labrot, Yvan et Zita Vallat, Thomas Deana.

Conditions météo : effroyablement décoiffantes (vent de nord, environ 25 à 40 km/h, températures déjà pas très chaudes en journée, chutant rapidement en-dessous de 10°C).

Après l’abandon de la veille, on se décide à monter au col ce vendredi alors que les conditions météo sont loin d’être idéales. On commence à monter les filets le long de la route vers 17h30, côté sud, vu que ça souffle du nord. De ce côté, pour ceux qui ne connaissent pas le site, c’est un peu plus compliqué qu’au nord car le haubanage est plus complexe et prend donc plus de temps.

2 Aigles royaux, 4 ou 5 Faucons crécerelles, environ 40 hirondelles (rustique, de fenêtre et des rochers) passent sur le col pendant qu’on se mélange les perches, les filets et les haubans. Des passereaux sont entendus dans les buissons en contrebas de la route : roitelets triple-bandeau, pouillots véloce etc. Vers 19h30, nous sommes prêts : partis à 3, Marion moi et Eric, Emilie nous a rejoints pour finir la ligne de 153 mètres de filets sur 2,5 mètres de hauteur. Pendant l’installation, nous avons discuté avec quelques personnes (il n’ y avait pas grand’ monde sur le site vu le temps) sur le pourquoi de notre présence, sur le projet éolien et ses conséquences…

Vers 20h30, la nuit est tombée. Pas de passages de chauve-souris au crépuscule : c’est très calme…  Les filets sont gonflés mais les perches tiennent bon. Vers 20h35, un mâle de Gobemouche noir se prend en bout de ligne.

La première Chauve-souris qui tombe dans les filets est une femelle adulte de Noctule de Leisler vers 21h35. Une deuxième est capturée 30 minutes plus tard. Ensuite, 5 Oreillards roux (4 mâles et une femelle) seront capturés essentiellement dans le filet « surprise » qui barre la lisière forestière en contrebas de la route. A minuit et demie, on plie le matos, un peu gelés, en se disant que, vu les conditions, le résultat n’est pas si mauvais…

Une dernière remarque : une activité régulière entendue au détecteur d’ultrasons avec des passages de Pipistrelles (de Nathusius probable et commune), de Minioptère de Schreibers et de Noctule de Leisler avec parfois des vrombissements caractéristiques d’un virage sur l’aile d’une chauve-souris en chasse à travers les bourrasques.

La Noctule de Leisler, très présente au Col de la Bataille – Photo : Yoann Peyrard

Soirée du samedi 1er septembre, Scialet de Comblézine

Ce samedi, on abandonne l’idée d’une capture au Col de la Bataille car le vent, déjà bien soutenu la veille, s’est renforcé pour atteindre un seuil critique : tendre des filets sur le col relèverait de l’inconscience !

A quelques centaines de mètres du col, dans la Combe de Comblézine, se trouve un gouffre peu connu et surtout très bien caché. Céline en connaît l’emplacement grâce à un ami spéléo (Jean-Claude Vial). Ce scialet est situé peu en contrebas des crêtes balayées par le mistral, entouré de hêtraieµ. On compte un peu là-dessus pour ne pas faire une soirée trop moche.

La cavité commence par un large puits, profond d’un peu plus de 80 mètres. Son terminus est à 140 mètres sous la surface ; il n’y a pas vraiment de réseau horizontal (du moins de connu à l’heure actuelle)

L’entrée, de 15 mètres sur 8 (à peu près) – avec une pente très raide d’un côté – ne laisse guère de choix pour installer des filets. On décide donc de barrer des accès sur la moitié de l’ouverture sans trop s’approcher du bord, on ne sait jamais…

Perdus dans les bois, il y avait : Marion Devogel, Lionel Bruhat et Ilaria Pozzi, Céline Le Barz et moi.

L’entrée du scialet de Comblézine – Photo : Céline Le Barz

La soirée, bien que vite fraîche, voire glaciale, verra 14 bestioles attrapées (dont une re-capturée) avec 3 murins à moustaches, 7 oreillards roux, un murin d’Alcathoé, 2 Murins de Daubenton et 2 Murins de Bechstein. Mise à part une femelle d’Oreillard roux, tous les autres individus étaient des mâles un peu excités côté hormones !

Ce scialet draine donc des Chauves-souris sexuellement actives en période d’accouplement avec une diversité d’espèces assez intéressante mais pas en grande quantité, ce qui est peut-être lié à une météo un peu rude.

Le dispositif de capture, il faut le noter, permet apparemment de n’attraper qu’une partie des individus qui viennent visiter le site : beaucoup peuvent esquiver le traquenard et seuls les pressés arrivant à ras du bord le plus plat du filet peuvent finir en pochon*.

L’opération serait à renouveler (par beau temps) voire à approfondir via quelques relevés acoustiques (grâce à un enregistreur automatique d’ultrasons), histoire d’en savoir un peu plus.

On plie les filets vers 1 heure du matin. De retour aux voitures, la température est de 6°C.

 

Samedi 29 septembre au Col de la Bataille

Il y avait un léger vent de sud, la lune s’est levée en milieu de nuit, il y avait pas mal de monde, des simples visiteurs mais aussi beaucoup de « collègues », de nouveaux bénévoles prêts à découvrir en détail notre délire. Il y avait aussi des Cerfs de partout qui brâmaient à tous va.
Résultat, 10 Chauves-souris seulement mais quand même quelques perles comme ce Molosse de Cestoni, 3 Pipistrelles de Nathusius, un Grand murin, bref du spectaculaire !
Le « Grand » spectacle, c’était les oiseaux avec un bon paquet de passereaux, largement dominés par le Rougegorge (28 individus) le Roitelet triple bandeau (7), la Fauvette à tête noire (6), 2 Traquets
motteux, une Grive musicienne… Et une Chouette hulotte puis une Chouette de Tengmalm qui nous on rappelé cette extraordinaire saison de 2017 où au moins 8 individus on été capturés sur 5 ou 6 soirées.

Thomas Deana

Pochons : petits sacs de tissu en forme de bourse dans lesquels on place les individus capturés au fur et à mesure qu’ils sont retirés des filets (ou démaillés). Ils sont ensuite mesurés, pesés et notés avant relâcher (dans leur ordre d’arrivée). Dans ce petit abri sombre et doux, ils peuvent se remettre de leurs premières émotions avant de vivre la suite (et la fin) de leur « aventure » auprès des humains.